Déclaration – Élections 2026
L’économie sociale : une réponse collective aux défis de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
La campagne électorale actuelle est marquée par des discussions sur le logement, le vieillissement de la population, le coût de la vie, les transports, la main-d’œuvre, les services publics et le développement régional.
Ces enjeux sont bien réels. Mais une question fondamentale demeure souvent absente du débat : qui développera nos communautés ?
Depuis plus d’un siècle, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine ont démontré leur capacité à répondre collectivement aux défis qui se présentent à elles. Les coopératives de pêcheurs, les initiatives citoyennes, les organismes communautaires, les entreprises collectives et les projets de développement local ont permis à nos communautés de garder des services, des emplois et un pouvoir d’agir sur leur avenir.
Aujourd’hui encore, l’économie sociale constitue un levier essentiel de développement régional, et peut-être plus que jamais.
Dans un contexte marqué par les incertitudes économiques, les pressions sur les finances publiques, les transformations des marchés, la concentration de certains secteurs économiques et les défis démographiques qui touchent durement les régions, les communautés doivent pouvoir compter sur des leviers qui maintiennent la richesse, les emplois et la capacité décisionnelle sur leur territoire.
Cette nouvelle réalité nous invite également à repenser certaines approches de développement économique. La diversification des partenariats financiers, le maintien d’outils régionaux d’investissement, le développement de nouvelles formes de capitalisation collective et la consolidation des entreprises enracinées dans les communautés deviennent des enjeux stratégiques.
Dans ce contexte, l’économie sociale représente non seulement une réponse à des besoins sociaux, mais également un outil de résilience économique permettant aux collectivités de conserver une plus grande maîtrise de leur développement.
L’économie sociale n’est pas un secteur parmi d’autres
L’économie sociale est souvent présentée comme un secteur économique particulier. Nous croyons plutôt qu’elle représente une manière de développer nos territoires.
L’économie sociale :
- Maintient la richesse dans les communautés ;
- Crée des emplois durables ;
- Favorise la participation citoyenne ;
- Soutient les services de proximité ;
- Renforce la résilience territoriale ;
- Permet aux collectivités de répondre elles-mêmes à certains défis.
Elle agit souvent là où ni le marché ni l’État ne parviennent seuls à répondre adéquatement aux besoins. Elle est également un moteur économique qui génère des emplois, des investissements et des retombées durables dans les communautés, tout en maintenant la propriété et la richesse sur le territoire.
Nos collectivités ont besoin de leviers
Les défis auxquels fait face notre région ne pourront pas être résolus uniquement par de nouveaux programmes.
Ils nécessitent également :
- Des communautés capables d’agir ;
- Des organisations collectives fortes ;
- Des espaces de concertation vivants ;
- Des outils de financement adaptés ;
- Des mécanismes favorisant la prise en charge locale.
Pour cette raison, nous croyons que le développement des entreprises d’économie sociale et des initiatives collectives de développement social et territorial doit être considéré comme une priorité stratégique pour la région.
L’économie sociale n’est pas une solution magique, mais…
Les entreprises collectives vivent elles aussi des défis importants de recrutement, de financement, de renouvellement de la gouvernance et de disponibilité de la main-d’œuvre. Le reconnaître ne diminue pas leur pertinence ; cela démontre au contraire la nécessité de mieux les soutenir. Si les organisations vivent ces enjeux, ce n’est pas parce que l’économie sociale est dépassée – c’est parce qu’elle est confrontée aux mêmes défis démographiques et sociaux que l’ensemble de la société. Malgré les défis qu’elles rencontrent, les entreprises collectives demeurent parmi les organisations les plus enracinées dans nos communautés. Elles continuent de maintenir des services, de mobiliser des citoyens et de générer des retombées locales là où plusieurs autres structures se retirent.
Si les gouvernements souhaitent que les organisations collectives continuent de jouer un rôle de premier plan, ils doivent investir en soutien aux enjeux économiques qu’elles vivent et en soutien aux personnes qui les portent.
Les conditions gagnantes pour nos communautés
Pour permettre aux communautés de répondre aux défis du vieillissement, du logement, de l’alimentation et du maintien des services de proximité, le prochain gouvernement devra :
- Reconnaître l’économie sociale comme un partenaire de développement économique, social et territorial ;
- Adapter les programmes aux réalités des entreprises collectives ;
- Soutenir le renouvellement de la gouvernance et la relève des organisations ;
- Maintenir des mécanismes de financement souples et prévisibles ;
- Soutenir la concertation et la gouvernance territoriale ;
- Favoriser l’innovation collective dans les secteurs stratégiques ;
- Favoriser les retombées locales et collectives par les politiques d’approvisionnement, les achats publics et les partenariats économiques.
Sept engagements attendus
1.Faire de l’économie sociale un levier stratégique du développement régional
L’économie sociale ne doit pas être considérée uniquement comme un fournisseur de services ou comme une solution de dernier recours.
Elle représente une façon de développer le territoire à partir de l’initiative des communautés, de la participation citoyenne et de la mise en commun des ressources.
Les défis du logement, du vieillissement de la population, de l’autonomie alimentaire, de la transition écologique, de l’attractivité régionale et du maintien des services de proximité nécessiteront des réponses collectives et concertées.
Nous demandons que l’économie sociale soit reconnue comme un partenaire stratégique du développement économique, social et territorial de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
Nous souhaitons notamment :
- Intégrer l’économie sociale aux stratégies gouvernementales de développement régional ;
- Soutenir la concertation territoriale et les espaces de gouvernance collective ;
- Reconnaître les entreprises collectives comme des partenaires de développement au même titre que les entreprises privées et les organismes publics ;
- Maintenir des mécanismes de financement souples et adaptés à la réalité des projets collectifs ;
- Favoriser le développement d’approches collectives dans les secteurs du logement, de l’alimentation, des services aux aînés, de la culture, de l’environnement et du développement local.
2.Assurer l’avenir des entreprises collectives des secteurs stratégiques régionaux
Les entreprises collectives des secteurs des pêches, de la foresterie, des services à la population et du développement local constituent des piliers de l’économie régionale.
Depuis des décennies, elles contribuent à maintenir les emplois, à générer des retombées économiques locales et à conserver une capacité d’agir dans nos communautés. Aujourd’hui, plusieurs de ces organisations font face à d’importants défis liés à la relève, à la main-d’œuvre et l’évolution des marchés.
Nous demandons que les entreprises collectives des secteurs stratégiques soient reconnues comme des acteurs économiques à part entière et qu’elles disposent des moyens nécessaires pour poursuivre leur contribution au développement régional.
Nous souhaitons notamment :
- Soutenir la relève entrepreneuriale collective ;
- Maintenir et bonifier les outils régionaux d’investissement adaptés aux entreprises collectives ;
- Soutenir l’innovation et l’adaptation des modèles d’affaires collectifs ;
- Reconnaître la contribution économique et sociale des coopératives forestières, des coopératives de pêche et les soutenir dans le contexte économique particulier d’aujourd’hui ;
- Favoriser et appuyer le repreneuriat collectif lorsque des entreprises ou des services essentiels sont menacés.
3.Soutenir le vieillissement actif et le maintien à domicile
Les initiatives collectives jouent déjà un rôle déterminant auprès des personnes aînées.
Nous demandons un engagement clair envers les organisations qui permettent aux citoyens de demeurer dans leur milieu de vie.
Nous souhaitons notamment :
- Un financement stable des services de soutien à domicile ;
- Des programmes favorisant les initiatives collectives de proximité ;
- Un soutien accru aux projets d’habitation adaptés et collectifs.
4.Faire du logement collectif une solution incontournable
Les coopératives et organismes d’habitation et les initiatives collectives dans le domaine doivent disposer de moyens suffisants pour répondre à la crise du logement.
Nous souhaitons notamment :
- Des programmes adaptés aux entreprises d’économie sociale ;
- Une bonification du soutien au logement communautaire ;
- Des mécanismes facilitant l’acquisition collective d’immeubles.
5.Maintenir les services de proximité
Nous demandons le maintien et le renforcement des outils permettant aux communautés de préserver :
- Les commerces de proximité ;
- Les services aux familles ;
- Les services aux aînés ;
- Les infrastructures culturelles et de loisir.
Nous souhaitons notamment :
- Le maintien et la bonification des outils régionaux d’investissement ;
- La représentation concrète des attentes et enjeux régionaux à l’échelle provinciale ;
- Un soutien accru au repreneuriat collectif ;
- Des mesures adaptées aux petites collectivités.
6.Renforcer l’autonomie alimentaire régionale
Les projets collectifs en alimentation contribuent directement à la sécurité alimentaire, à la résilience des communautés et au développement économique régional.
Nous souhaitons notamment :
- Soutenir les infrastructures collectives de transformation alimentaire ;
- Favoriser la mutualisation des équipements et ressources agricoles ;
- Soutenir les circuits courts de production et de distribution ;
- Appuyer les initiatives visant l’accès aux aliments locaux et abordables.
7.Faire affaire avec les entreprises d’économie sociale
Les entreprises d’économie sociale contribuent déjà au développement économique de la région dans une grande diversité de secteurs.
Au-delà du financement, leur pérennité repose aussi sur leur capacité à accéder aux marchés publics, institutionnels et privés.
Nous souhaitons notamment :
- Favoriser l’achat de biens et de services auprès des entreprises d’économie sociale lorsque cela est possible ;
- Développer des mécanismes favorisant les retombées locales et collectives dans les contrats publics ;
- Reconnaître explicitement la contribution des entreprises collectives dans les politiques d’approvisionnement gouvernementales ;
- Soutenir les initiatives facilitant l’accès des entreprises collectives aux appels d’offres ;
- Encourager les partenariats entre les entreprises privées, publiques et collectives.
Conclusion
Les prochaines années seront déterminantes pour l’avenir de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.
Le vieillissement de la population, la crise du logement, les enjeux alimentaires, l’accès aux services et la vitalité de nos communautés exigeront des réponses ambitieuses.
L’économie sociale a déjà démontré sa capacité à contribuer à ces solutions.
La question n’est donc plus de savoir si l’économie sociale a un rôle à jouer. La question est plutôt : qui développera nos communautés et avec quels leviers ?
Références complémentaires
Portrait statistique ISQ – L’économie sociale au Québec https://statistique.quebec.ca/fr/document/leconomie-sociale-au-quebec-portrait-statistique
Concertation régionale et enjeux – Mobilisation régionale pour l’économie sociale : Enjeux et solutions – Le pôle d’économie sociale en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
Revue de presse – Élections : le communautaire veut des engagements | Radio-Canada
Revue de presse – La table des préfets place la démographie durable au sein de ses revendications électorales – Radio Gaspésie
Revue de presse – Plateforme électorale 2026 – Culture Gaspésie


